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Research paper

Responsabilité sociale des entreprises

David Restrepo Amariles, Arnaud Van Waeyenberge, Lorenzo Colombani

Published research · 23 pages

Global and technological stakes of corporate social responsibility.

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DAVID RESTREPO AMARILES
ARNAUD VAN WAEYENBERGE
HEC Paris

LORENZO COLOMBANI
ThinkH+

Responsabilité sociale
des entreprises
Enjeux globaux et technologiques
Cet article analyse la responsabilité sociale des entreprises en
tant que régime normatif doté d’effets contraignants à l’échelle
globale. Il montre que l’articulation des instruments multilatéraux de standardisation, tels que les codes de conduite ou
les lignes de conduite multilatérales, et les nouveaux mécanismes d’exécution fondés sur l’audit, la conformité et les
nouvelles technologies (blockchain, big data et algorithmiques)
transforme la nature volontaire et autorégulatrice de la RSE et
transfère aux juristes d’entreprises un rôle central dans sa
conception et sa mise en œuvre.

DOI: 10.3166/rfg.2018.00205 © 2017 Lavoisier

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L

a responsabilité sociale des entreprises (RSE) a connu un succès
grandissant ces dernières années1.
L’enquête trisannuelle menée par KPMG en
matière de RSE, publiée en 20162, souligne
que plus de 90 % des 250 plus grandes
entreprises mondiales rendent des comptes
en matière de RSE, et que les données
relatives à la RSE dans les rapports
financiers annuels sont désormais une
« tendance bien établie » (presque 3 entreprises sur 5 rendaient des comptes en
matière de RSE en 2015, contre 1 sur 5
en 2011)3. La RSE est aussi devenue un
sujet essentiel pour l’opinion publique. Les
consommateurs portent un intérêt croissant
à la réputation sociale d’une entreprise avant
d’acheter ses produits (Fleishman–Hillard et
the National Consumers League, 2006). En
effet, la performance d’une entreprise en
matière de responsabilité sociale constitue
un élément de plus en plus important pour
son image publique (Garcia-French et al.,
2012), devançant de longue date, dans
certains sondages réalisés auprès du grand
public, la qualité de la marque ou les
caractéristiques fondamentales de l’entreprise (Environics International (GlobeScan
Inc.), 1999).
L’espace croissant occupé par la RSE peut
être analysé comme « l’aveu que [l]es
marchés en situation de concurrence pure
et parfaite sont une illusion » (Wilks, 2013),
c’est-à-dire la reconnaissance de la nécessité
d’apporter un correctif à des marchés
souvent oligopolistiques, notamment sous

la forme d’instruments de régulation tels
que les codes de conduite, les standards
éthiques, les politiques de protection des
lanceurs d’alertes, les procédures de
contrôle et de mise en conformité, et les
mesures relatives au contrôle, à l’évaluation
et à l’approbation d’agences de notation
externes. À ceci se rajoute le développement
récent des dispositifs de mesure de la
performance du droit et de Smart law4
(Restrepo Amariles, 2017 ; Restrepo Amariles et Lewkowicz, 2017, p. 92-93) qui
s’appuient notamment sur des indicateurs
(Restrepo Amariles, 2014, 2015), le big
data (Barocas et Selbst, 2016 ; Moses et
Chan, 2014 ; Bamberger, 2009), des algorithmes (Eden, 2015 ; Stevenson et Wagoner, 2015) et la blockchain (Wright et De
Filippi, 2015 ; Swan, 2015) pour assurer le
respect et la mise en œuvre des normes
juridiques ou des autres formes de
régulation.
Longtemps, les juristes continentaux ont
tenu la RSE et ses dispositifs à l’écart, ne les
considérant pas comme ayant une véritable
valeur juridique dans la mesure où ils
n’émanaient pas des institutions officielles
de « production du droit ».
Toutefois, plusieurs affaires judiciaires
récentes ont témoigné d’une ouverture
progressive aux normes RSE. Un exemple
fort médiatisé fut l’affaire « Kasky c. Nike »
(Reverchon, 2008), dans laquelle la Cour
suprême californienne, appliquant une disposition du droit californien sur les pratiques
honnêtes en matière commerciale, a jugé que

1. Pour une présentation générale, voir Aguinis et Glavas (2012).
2. Qui inclut aussi des données quantitatives sur la RSE, couvrant 4 500 entreprises dans 45 pays. Voir https://home.
kpmg.com/xx/en/home/insights/2015/11/kpmg-international-survey-of-corporate-responsibility-reporting-2015.html
3. KPMG, 2015. Cette tendance doit toutefois être nuancée, dans la mesure où les 8 pays dont le taux de publication en
matière de responsabilité sociale est le plus élevé ont fait de cette publication une obligation légale (op. cit., p. 36).
4. C’est-à-dire qui mettent en œuvre une approche du droit scientifique, mathématique, algorithmique et se basent sur
le risque et la technologie.

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Responsabilité sociale des entreprises

Nike pouvait être poursuivie pour publicité
mensongère au motif que l’entreprise ne
s’était pas mise en conformité avec les
clauses inscrites dans son code de conduite
(Kasky v. Nike, Inc. (2002) 27 Cal. 4th 939,
45 P.3d 243, 119 Cal. Rptr. 2d 296).
De même, la législation européenne a
adopté une attitude plus accommodante
vis-à-vis de la RSE, avançant5 que l’échec
d’une entreprise à se conformer aux
engagements contenus dans son propre
code de conduite pouvait constituer une
pratique commerciale trompeuse6.
En France, cette obligation européenne est
transposée par l’article 121-4 du code de la
consommation qui qualifie de pratique
commerciale trompeuse le fait, pour un
professionnel, de se prétendre faussement
signataire d’un code de conduite. Dans le
même ordre d’idées, les législations nationales sont de moins en moins réticentes à
introduire des obligations de publication de
rapports extra-financiers ou à incorporer la
RSE dans les règlementations relatives aux
commandes publiques. Les lois récemment
adoptées au Royaume-Uni et en France
illustrent parfaitement cette nouvelle tendance. Au Royaume-Uni, le Modern Slavery
Act adopté en mars 2015 oblige certaines
sociétés commerciales à établir un rapport
faisant état des mesures qu’elles mettent en
œuvre en matière de prévention de l’esclavage et du trafic humain. Au début de l’année
2017, au moins six mille entreprises avaient
publié ledit rapport (statement)7. En France,

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la loi relative au devoir de vigilance des
sociétés mères et des entreprises donneuses
d’ordre a été adoptée le 27 mars 2017 (loi
n° 2017-399 - JO 28 mars 2017), après quatre
ans de débat intense. Celle-ci impose aux
grandes sociétés et groupes français d’établir
un plan de vigilance destiné à détecter et
prévenir la violation en France ou à
l’étranger, par leurs filiales et sous-traitants,
des droits de l’homme et de l’environnement
et à préserver la santé et la sécurité des
salariés impliqués.
Toutefois, bien que l’importance croissante
de la RSE dans les ordres juridiques
nationaux soit réelle et attestée par des textes
de plus en plus nombreux (Rahim, 2013),
l’effectivité des obligations mises à la charge
des parties prenantes reste discutable et la
jurisprudence hésite à consacrer les normes
issues de la RSE comme fondement juridique
autonome d’actions en justice (Van Waeyenberge et Bochon, 2016).
En d’autres termes, comme le soulignait
récemment L. Lopez, « le droit de la RSE, à
mi-chemin entre droit mou et droit dur,
semble être à l’aube de sa juridicisation »
(Lopez, 2017, p. 65 ; Prakash, 2015, p. 468).
Vu le flou entourant aujourd’hui la nature des
normes RSE, nous proposons d’adopter une
approche globale du phénomène. En effet,
une analyse globale plutôt que nationale fait
apparaître de façon plus marquée la spécificité du régime régulatoire de la RSE : au
niveau global, la RSE se substitue souvent
aux règles juridiques traditionnelles8. En

5. Voir directive 2005/29/CE du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2005 relative aux pratiques
commerciales déloyales des entreprises vis-à-vis des consommateurs dans le marché intérieur.
6. Pour une analyse de la jurisprudence, voir Van Waeyenberge et Bochon (2016).
7. Selon TISC qui est un Open Data Register dédié au suivi du Modern Slavery Act, www.tiscreport.org
8. Pour une réflexion sur ce sujet, voir Tsutsui et Lim (2015). Nous partageons l’analyse de D. Levy et R. Kaplan
lorsqu’ils écrivent que « la RSE est une forme émergente de gouvernance qui peut combler, à un certain degré, le
déficit de gouvernance qui existe dans la sphère internationale… la RSE n’est pas ainsi simplement une lutte sur les
pratiques, mais sur le lieu de cette autorité de gouvernance » (Levy et Kaplan, 2008).

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l’absence de réel consensus au niveau
international sur les thématiques sensibles
de la RSE (et donc le faible nombre de
traités internationaux contraignants), la
RSE occupe bien souvent la place d’équivalent fonctionnel du droit international
public en imposant ses normes, ses
mécanismes d’exécution et ses sanctions
propres9.
Nous soutenons qu’à l’échelle globale, la
RSE peut s’analyser comme un véritable
régime de régulation des activités des
entreprises transnationales. Elle disposerait
ainsi de ses propres normes, dispositifs de
mise en œuvre et sanctions. Entre autres,
l’usage croissant du Smart law pour faire
respecter les engagements émanant de la
RSE a non seulement renforcé l’effectivité
de ces engagements mais a également
changé leur nature : en mettant l’accent
sur la sanction au détriment de l’incitation,
ces dispositifs transforment les engagements RSE en obligations contraignantes.
Afin de démontrer cette thèse, cet article
présente, dans un premier temps, la RSE
comme un régime normatif régulant le
comportement des entreprises à l’échelle
globale. Il explore ensuite la place qu’occupent les dispositifs de Smart law (blockchain, big data et algorithmes) au sein de la
RSE. Enfin, le dernier chapitre est dédié à
l’analyse de l’articulation des dispositifs
classiques de RSE avec les nouveaux
dispositifs de Smart law, ainsi qu’aux
conséquences que cela emporte sur la nature
de la RSE.

I – LA RSE, RÉGIME NORMATIF
GLOBAL
1. La diversité des producteurs de
normes et des secteurs concernés
L’influence globale de la RSE provient en
premier lieu de la variété des producteurs de
normes10, dont certains ont par nature une
dimension internationale ou transnationale.
Parmi les acteurs qui fabriquent ou promeuvent ces normes se trouvent bien sûr les
entreprises et les États (tels les États-Unis et
la Chine, rédacteurs respectivement de
l’Apparel Industry Partnership Agreement
et du SCS 9000T), mais également les
organisations régionales comme l’Union
européenne (conceptrice, par exemple, du
code de conduite sur les nanotechnologies),
les organisations internationales, comme
l’Organisation des Nations unies et son
Pacte mondial, les organisations non gouvernementales (comme l’Equator Principle
Association, qui regroupe les institutions
financières ayant adopté les principes
éponymes, ou l’ISO et sa norme ISO
26000), les associations professionnelles
(v. code de conduite de l’International
Federation of Toy Industries) et même les
particuliers (tels les « Sullivan Principles »
créés par le révérend Léon Sullivan en
1977). Force est de constater que tout le
monde devient producteur de normes RSE.
Ce constat est d’autant plus frappant que ces
normes interviennent dans des domaines
aussi disparates que l’environnement, la
protection des travailleurs, les cosmétiques,

9. D. Fuchs écrivait en 2007 : « Rules and standards developed and controlled by business do hold a significant
promise… If standard with sufficiently stringent regulations for environmental and social conduct were to become the
de facto norm for business practice, footloose capital could no longer avoid them. In this case, international
governemental regulation would indeed be unnecessary. » (Fuchs, 2007).
10. Pour une classification et de nombreux exemples, dont certains sont repris ici, voir Frydman et Lewkowicz (2012)
et Utting (2015, p. 85).

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Internet, les nanotechnologies, l’industrie
minière et énergétique, la sylviculture,
l’industrie textile, la protection des consommateurs et même les conflits armés. Il
semble que « peu des centres de préoccupation humains échappent à la RSE »
(Ougaard, 2006).
2. La diversité des outils de suivi et des
sanctions
L’influence globale de la RSE peut s’expliquer en deuxième lieu par la variété
d’outils destinés à la mettre en œuvre. Ces
outils étant souvent attachés à l’entreprise,
au produit ou au service lui-même, ou bien
étant accessibles en ligne, ils disposent
naturellement d’une portée globale. Nous
pouvons identifier au moins trois catégories
principales :
1) La labellisation et la certification, telles
que le SA 8000 Standard ou le Chevron
Operational Excellence Management System ou les nombreux « labels verts »,
« labels de commerce équitable » ou de
« finance éthique » (FTSE4Good Index).
L’entreprise désirant avoir recours à un
label doit en général respecter certaines
normes techniques, y compris un code de
conduite, et accepter d’être soumise à
l’évaluation d’un organisme de certification
approuvé.
2) Les indicateurs et les « benchmarks »
établis par des entreprises d’audit, des
organisations internationales ou des ONG
telles que CSRHub ou Corporate Human
Rights Benchmark. Ces indicateurs permettent de comparer la performance des
entreprises dans des domaines tels que les
conditions de travail, l’impact environnemental ou les politiques de non-discrimination ; autant de domaines qui relèvent des

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règles légales et réglementaires lorsqu’ils
sont régulés au niveau national et de la RSE
au niveau global.
3) Les clauses contractuelles sanctionnant
les violations de codes de conduite internes
ou imposant des sanctions financières en
dessous d’un seuil de conformité déterminé
par certains indicateurs.
Concurrencés sur leur chasse gardée, la
production de normes, les États n’hésitent
pas à édicter des obligations de publication
de comptes en matière extra-financière (V
les lois britanniques et françaises précitées),
à permettre l’insertion de critères et de
clauses sociales et environnementales dans
les marchés publics ou dans les contrats de
concession (v. en France, ordonnance
relative aux marchés publics n° 2015-9899 du 23 juillet 2015), à ouvrir l’action en
justice aux individus affectés négativement
par la violation d’un code de conduite
(v directive n° 2005/34 sur la protection des
consommateurs), et à réduire substantiellement l’amende pénale infligée à une
organisation lorsqu’elle prouve qu’elle
possède et met en œuvre efficacement un
code de conduite (8C2.5(f))- US Sentencing
Guidelines).
Aux sanctions juridiques (ex. : l’introduction du droit à un recours en justice en cas de
violation d’un code de conduite) s’ajoutent
les sanctions réputationnelles, loin d’être
anecdotiques. D. Vogel souligne que l’influence de la RSE dans le contrôle des
entreprises repose davantage sur les pénalités sociales et économiques que sur les
sanctions juridiques (Vogel, 2010). La
nature de la sanction varie, elle va du retrait
d’une entreprise de certains index boursiers
(SRI, FTSE4Good, etc.) à son boycott par
les consommateurs (qui peut prendre la
forme du refus d’achat du produit ou service

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de l’entreprise, mais aussi de l’achat, par
substitution, de produits ou services responsables socialement, tels que les produits
issus du « commerce équitable »), en
passant par le refus de groupes multinationaux de poursuivre une relation contractuelle avec un sous-traitant ou un
cocontractant. C’est ainsi que Disney et sa
filiale Maker Studios ont décidé de mettre
un terme au contrat de gestion des revenus
publicitaires qui les liait à Felix Kjellberg,
un vidéaste publiant du contenu sur la
plateforme YouTube et dont l’audience
s’élevait à près de soixante millions
d’abonnés en octobre 2017, en réaction à
la controverse suscitée par la publication de
vidéos contenant une imagerie antisémite,
ce que contestait l’intéressé (Le Monde,
2017).
Plus récemment, le développement du
Smart law a amorcé la transformation de
la RSE, système d’autorégulation fondé sur
le respect volontaire des engagements, en
une régulation contraignante d’une efficacité redoutable, équipée de mécanismes
d’exécution et de sanction dématérialisés,
automatiques et en ligne.
II – LE RENOUVEAU DES
MÉCANISMES D’EXÉCUTION DES
NORMES RSE : LE SMART LAW
Les dispositifs dits de « Smart law »
transforment radicalement l’exécution des
normes RSE. Le recours à ces dispositifs
présente un double intérêt pour l’entreprise : il réduit les risques en matière de
conformité et facilite la gestion des processus internes.
Cette section a pour ambition de montrer
comment un certain nombre de ces dispositifs permettent de redessiner le rôle de la

RSE au sein des entreprises transnationales.
Ainsi, la blockchain améliore la traçabilité
des biens, les smart contracts automatisent
l’exécution des normes RSE, les cryptomonnaies accroissent la transparence des
pratiques des entreprises tandis que certaines méthodes d’analyse du big data
constituent un palliatif aux obstacles inhérents à la mise en œuvre des normes RSE.
1. La blockchain, rouage innovant des
mécanismes de traçabilité des biens
La blockchain est une catégorie de base de
données dont le contenu est organisé
chronologiquement et par blocs. Sa première et plus célèbre occurrence, la blockchain sur laquelle sont enregistrées les
transactions effectuées en bitcoins, a pour
particularité d’être décentralisée et quasiment infalsifiable (Deroulez, 2017 ; Delpech, 2017). Surtout, elle a pour fonction
essentielle de désintermédier les transactions en supprimant la nécessité d’avoir
recours à un tiers de confiance pour
authentifier les transactions, tel qu’une
banque. Elle est d’abord décentralisée : le
stockage des données qu’elle contient est
distribué sur les ordinateurs de l’ensemble
de ses utilisateurs (plutôt que dans un lieu
unique accessible à distance). Les données
sont groupées par « blocs » discrets organisés chronologiquement. Elle est par
ailleurs infalsifiable : la sécurité des données est garantie par le mode d’ajout d’un
nouveau bloc à la chaîne des blocs. Pour
qu’un bloc soit validé, celui-ci doit faire état
d’une preuve de travail (« proof of work ») :
la validation doit avoir nécessité la mise en
œuvre d’une certaine puissance de calcul, et
ce afin de prévenir les attaques malveillantes.
En cas de concurrence entre deux blocs ou

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Responsabilité sociale des entreprises

deux ensembles de blocs (l’un malveillant,
l’autre authentique), le bloc qui sera validé
sera celui qui aura bénéficié de la plus grande
puissance de calcul. Ainsi, pour peu que la
majorité de la puissance de calcul soit
contrôlée par des ordinateurs qui ne coopèrent pas pour attaquer la blockchain, celle-ci
ne pourra être falsifiée11. Cette caractéristique est centrale dans le rôle de désintermédiation du bitcoin. De plus, l’altération
d’un bloc ancien nécessite de réitérer les
calculs ayant conduit à la validation de
chacun des blocs insérés à sa suite, de sorte
que la puissance de calcul nécessaire à
l’altération d’un bloc croît exponentiellement
au fur et à mesure que de nouveaux blocs sont
ajoutés (Nakamoto, 2008). L’intérêt d’une
grande communauté d’utilisateurs (en particulier d’utilisateurs dédiés à la validation des
blocks, appelés « miners » dans le cas de la
blockchain bitcoin) apparaît ici clairement :
cette communauté sera appelée à systématiquement devancer les attaques malveillantes
en matière de puissance de calcul et donc à
rendre, de fait, la blockchain infalsifiable.
Il convient de distinguer la technologie
blockchain de ses nombreuses occurrences,
à savoir des différentes blockchains existantes, telles que la blockchain développée
par la société Ethereum ou la blockchain sur
laquelle repose la cryptomonnaie bitcoin
(Nakamoto, 2008). Le caractère infalsifiable
d’une blockchain dépend en effet de
facteurs tels que son nombre d’utilisateurs
ou la puissance de calcul de ses miners
(Nakamoto, 2008). À ce titre, rares sont les
blockchains qui apparaissent à ce jour
réellement infalsifiables. En effet, toutes
les blockchains ne sont pas nécessairement

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décentralisées, certaines pouvant être stockées à un seul endroit et modifiées à l’aide
d’un simple système de permissions, auquel
cas leur seul point commun avec la
blockchain bitcoin sera l’organisation des
données par blocs chronologiques.
Outre la fonction de désintermédiation du
bitcoin, la technologie blockchain répond,
sous l’angle de la traçabilité, à trois
problématiques auxquelles sont confrontées
les entreprises : l’authenticité des biens, leur
acheminement et la prévisibilité du risque
RSE.
La garantie de l’authenticité d’un bien
soulève des enjeux de RSE, comme l’illustrent les difficultés récurrentes en matière de
certification de l’origine des diamants. Au
cours de la guerre civile angolaise, certaines
parties, comme la faction UNITA, se sont
appuyées sur l’exploitation des populations
locales pour extraire et vendre des diamants
afin de financer leurs activités (Fowler,
2000). En vue de lutter contre le commerce
de ces « diamants de guerre » et, indirectement, de prévenir l’exploitation des populations locales, l’Organisation des Nations
unies (ONU) a approuvé le « Processus de
Kimberley » au travers de la résolution
1459 du Conseil de sécurité. Ce processus
est un mécanisme multilatéral de certification de l’origine des diamants, mettant
notamment à la charge des États producteurs
de diamants et membres du processus
l’obligation de transporter les diamants
dans des contenants scellés, accompagnés
d’un certificat d’origine validé par l’État
exportateur (Dictionnaire permanent : Épargne et produits financiers, 2017). Ce
processus est toutefois faillible, en

11. À noter qu’il existe d’autres techniques de validation, telles que la preuve de participation, ou « proof of stake ».
La méthode par preuve de travail est la méthode historiquement associée à la blockchain bitcoin (Bentov et al., 2014).

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particulier en raison de sa dépendance à la
fiabilité de ses États membres. Il a
notamment été le support d’un système de
blanchiment d’argent à grande échelle
(Sharife et Grobler, 2013-2014) et a été
critiqué pour son manque de fiabilité
(Hobbs, 2013/2014).
En matière de certification de l’origine des
pierres précieuses, la blockchain offre une
alternative à la dépendance aux membres
certificateurs. La société Everledger propose par exemple une technologie de
certification basée sur la blockchain. Après
avoir créé un profil pour le diamant à partir
de ses qualités (dimensions, pureté,
poids, etc.), Everledger stocke ce profil
dans la blockchain bitcoin, assurant son
« infalsifiabilité » (Volpicelli, 2016). Cette
technologie permet théoriquement au
consommateur de vérifier lui-même l’authenticité du diamant (la blockchain bitcoin
étant publiquement accessible, ce qui n’est
pas le cas de toute blockchain), dont il
pourra consulter le profil et tracer l’origine.
En amont de la chaîne logistique, le
distributeur peut lui aussi s’assurer de
l’origine des diamants et garantir que son
activité ne participe pas au financement de
groupes armés ou à l’exploitation des
populations locales, et donc améliorer sa
performance RSE. Il faut rappeler à cette
occasion que la lutte contre le travail forcé,
du moins dans un contexte transnational,
relève de la RSE, et notamment du Pacte
mondial de l’ONU, des normes ISO 26000
ou encore des différentes normes produites
par l’Organisation internationale du travail.
Everledger illustre une application de la
blockchain à même de réduire les risques de
non-conformité aux normes RSE mais aussi
de faciliter la gestion des processus, dans la
mesure où il suffit en l’espèce de consulter

une base de données publique, la blockchain
bitcoin, pour retracer le parcours d’un
diamant. Si cette application n’est pas
infaillible, elle constitue néanmoins un
complément, voire un substitut aux mécanismes actuels tels que le Processus de
Kimberley.
Outre le risque réputationnel engendré par la
commercialisation de produits dont le
processus de production est entaché de
violations, la traçabilité des produits soulève
aussi des enjeux en matière de coût
d’acheminement des biens. Le coût du
stockage, les retards générés par les
formalités douanières ou la dégradation
des biens alimentaires et le respect de la
chaîne du froid sont autant de problématiques qui soulignent l’importance pour une
entreprise d’être en mesure de suivre
l’acheminement de ses biens et produits.
Ainsi, Walmart et IBM se sont récemment
associées en vue d’utiliser la blockchain
pour tracer la viande de porc commercialisée par Walmart (Popper et Lohr, 2017),
notamment dans l’objectif de prévenir les
risques sanitaires posés par l’immobilisation
des containers alimentaires lors de leur
passage en douane. Le recours aux signatures électroniques permet par ailleurs de
réduire les délais de formalités administratives, tandis que l’usage d’un support de
type blockchain réduit le coût de suivi des
formalités, lesquelles deviennent de ce fait
accessibles sur support électronique. La
valeur ajoutée de la blockchain vis-à-vis des
autres supports électroniques réside dans
son caractère infalsifiable, qui en fait un
instrument de lutte contre la fraude et la
corruption (du moins s’agissant de certaines
blockchains, telles que la blockchain bitcoin). Par exemple, elle rend difficile la
soustraction de biens du stock en cours

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Responsabilité sociale des entreprises

d’acheminement et la modification corrélative des registres en vue de dissimuler le vol,
ou encore la falsification des factures.
Toutefois, si la technologie présente ellemême des garanties en ce qu’elle incorpore
et prévient les ingérences illicites ou
malveillantes dès sa conception (secure
by design), elle comporte des faiblesses
organisationnelles. La nécessité d’une
intervention humaine implique d’abord
nécessairement un risque de fraude : il
n’est ainsi pas exclu que le profil d’un
diamant conçu à l’aide des dispositifs
d’Everledger soit falsifié au moment de sa
création (« l’infalsifiabilité » du fichier
contenant le profil devenant dès lors
indifférente), ou encore que le signataire
malintentionné d’un document signé électroniquement atteste volontairement d’une
information incorrecte. Limitation encore
plus significative, seules certaines blockchains permettent d’assurer un niveau de
sécurité suffisant pour les applications
présentement envisagées.
La transition vers des technologies fondées
sur la blockchain a néanmoins pour intérêt
de réduire l’opacité (sans la dissiper), pour
une entreprise, de son risque RSE. Une
meilleure traçabilité des produits alimentaires limite par exemple les risques de
scandale causé par une viande avariée car
immobilisée trop longtemps dans un port.
Elle offre une meilleure visibilité sur le
cycle de vie du produit sur l’ensemble de la
chaîne logistique et permet ainsi de prévenir
les conséquences de la violation d’une
norme, sanitaire par exemple.
Toutefois, la nécessité d’une intervention
humaine limite l’efficacité de l’exécution
des normes RSE. Les smart contracts, qui
peuvent intégrer un élément de blockchain,

169

automatisent l’exécution et réduisent, voire
éliminent le facteur humain.
2. Les smarts contracts, outils
d’exécution automatisée des normes
RSE
Les smart contracts permettent d’exécuter
automatiquement les normes RSE, répondant à l’une des principales critiques
adressées à ces normes, à savoir leur
manque d’effectivité (Robin-Olivier et al.,
2011).
Un smart contract est un programme
informatique qui exécute des clauses
contractuelles. Son objectif est de satisfaire
aux obligations contractuelles simples (telles que le paiement), de circonscrire les
situations dans lesquelles une faille rédactionnelle ou logique entraînerait une mauvaise exécution ou offrirait une
échappatoire à une partie de mauvaise foi,
ou encore de limiter le besoin de recourir à
un tiers de confiance. D’un point de vue
économique, il permet de diminuer le coût
de la fraude et de l’exécution et, de façon
générale, les coûts de transaction (Szabo,
1994).
Le respect et l’exécution d’une norme RSE
peuvent être programmés au sein d’un smart
contract. Les bonnes pratiques de l’industrie minière imposent par exemple de
prévoir un plan de fermeture des mines au
moment de leur ouverture (The De Beers
Group of Companies, 2017). Les documents
de reporting extra-financier peuvent notamment inclure le pourcentage de sites miniers
respectant cette recommandation (Global
Reporting Initiative, 2011). Rien n’empêche
ainsi de prévoir des sanctions pécuniaires
exécutées sous la forme d’un paiement

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Revue française de gestion – N° 269/2017

automatisé à une association de défense des
intérêts des parties prenantes à l’industrie
minière, dans l’hypothèse où une entreprise
ne présenterait pas le nombre de plans de
fermeture stipulé par une clause de smart
contract.
Une clause de smart contract peut également permettre de mieux cibler les audits et
de réduire le coût de l’identification des
mauvaises pratiques. Le guide de reporting
extra-financier pour l’industrie minière
publié par la Global Reporting Initiative
suggère par exemple d’utiliser le nombre de
grèves comme indicateur du respect par
l’entreprise de bonnes pratiques managériales (Global Reporting Initiative, 2011).
Ainsi, un smart contract peut être programmé pour consulter une base de données
répertoriant les grèves déclarées par les
salariés d’une entreprise (ou tout autre
facteur jugé pertinent) et déclencher un
audit lorsqu’un nombre trop élevé de grève
est déclaré, voire imposer une sanction à
l’entreprise. Sans recours à un smart
contract, le coût d’identification et de
répression des violations de normes RSE
est relativement élevé, puisqu’il implique a
minima l’analyse de la documentation extrafinancière puis la saisie des autorités ou de la
juridiction compétentes. Un système
d’alerte automatisée fondé sur une clause
de smart contract permettrait de réduire le
champ d’investigation des prestataires d’audit aux seules sociétés produisant des
signaux faibles de violations des normes
RSE et, en amont, de limiter le besoin en
force de travail humaine au stade de la
détection des violations. L’administration
du Royaume-Uni utilise déjà une technologie similaire : Connect, un logiciel de text
and data mining (TDM), compile et analyse
des informations collectées sur Internet pour

évaluer l’exactitude des déclarations fiscales
des contribuables britanniques et prévenir
l’évasion fiscale. En 2014, 83 % des
enquêtes fiscales au Royaume-Uni auraient
été déclenchées par une alerte donnée par
Connect, indépendamment de toute intervention humaine (Restrepo Amariles et
Lewkowicz, 2017).
Toutefois, si les smart contracts peuvent
pallier le manque d’effectivité reproché aux
normes RSE, les cryptomonnaies les
complètent en permettant un suivi transparent des obligations RSE des entreprises,
notamment lorsque les obligations concernées pourraient être trop complexes pour
être programmées au sein d’un smart
contract.
3. La cryptomonnaie, vecteur de
transparence accrue des comportements
des entreprises
L’usage de certaines cryptomonnaies telles
que le bitcoin réduit le risque d’écoblanchissement et de reporting extra-financier
inexact ou mensonger et répond ainsi à deux
problèmes fréquemment rencontrés en
entreprise : la difficulté d’évaluer fidèlement le respect des normes RSE, pour
l’entreprise elle-même ou pour les parties
prenantes, et la défiance du public vis-à-vis
des motivations présidant à la publication
du reporting extra-financier.
Une cryptomonnaie est une monnaie virtuelle utilisant des moyens cryptographiques pour assurer la sécurité des échanges
réalisés par son intermédiaire (comme une
fonction de hachage). Le bitcoin en est
l’exemple paradigmatique. Le bitcoin est
une monnaie virtuelle indépendante de toute
banque centrale, stockée sur support électronique, permettant aux personnes qui

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Responsabilité sociale des entreprises

adhèrent au réseau bitcoin d’échanger des
biens ou services. L’identité des parties (leur
« clé publique », qui fonctionne comme un
pseudonyme) et la valeur de la transaction
sont publiquement accessibles.
Le caractère public de la blockchain bitcoin
ouvre de nombreuses possibilités en matière
de transparence des pratiques financières et
sociales, tel qu’illustré par les initiatives
émergentes dans le domaine des marchés
financiers (Brito et al., 2014). Il facilite
d’abord le calcul automatique et le suivi des
actifs et passifs sociaux, ainsi que des
indicateurs RSE. La société Cisco affirmait
par exemple que ses émissions totales de
gaz à effet de serre pour l’année 2009 étaient
égales à 115 995 tonnes de CO2 (Cisco
Systems, Inc., 2009). L’usage du bitcoin ou
d’une cryptomonnaie aux caractéristiques
similaires pourrait contribuer à prévenir la
sous-évaluation, intentionnelle ou accidentelle, des déplacements aériens effectués par
les salariés de la société en permettant de
tracer plus facilement les transactions
associées à ces déplacements. La consultation de la blockchain sur laquelle l’information a été enregistrée, pour peu qu’elle soit
publique, permettrait d’identifier les transactions associées à un transport aérien (par
exemple par l’utilisation d’un « compte »
bitcoin dédié aux frais de transports
aériens). À ce titre, tant le suivi interne de
ses propres externalités par Cisco que leur
suivi externe par les parties prenantes s’en
trouverait renforcés, tandis que leur coût
serait réduit.
Cisco indiquait par ailleurs avoir dépensé, la
même année, 128,6 millions de dollars en
« investissement sociaux ». Si ces investissements étaient effectués à l’aide d’une

171

cryptomonnaie basée sur une blockchain
publique, le suivi des fonds ne serait qu’une
question de consultation des transactions
successives de chacun des destinataires des
transactions.
Toutefois, les cryptomonnaies ne sont
généralement pas, à l’heure actuelle, émises
ou contrôlées par des banques centrales (Le
Lamy droit du financement, 2016). Leur
valeur est sujette à des fluctuation très
significatives : au début de l’année 2011, la
valeur d’un bitcoin était inférieure à un
dollar. En mai 2016, elle était d’environ 550
dollars. Le 19 novembre 2017, sa valeur
s’établissait à près de 7 800 dollars12. Ce
manque de stabilité et de garantie peut
dissuader les entreprises d’y avoir recours. Il
ne serait toutefois pas impossible de
concevoir une solution exploitant les cryptomonnaies pour leur seule valeur probatoire – par exemple en enregistrant
systématiquement les détails des transactions effectuées en devise étatique au sein
d’un satoshi, la plus petite unité de bitcoin
existante, limitant ainsi le coût d’enregistrement et de conservation de la preuve et
assurant
une
preuve
virtuellement
infalsifiable.
De plus, pour produire leurs effets, la
cryptomonnaie, la blockchain en général
et les smart contracts s’appuient sur un
cadre déterminé : les obligations stipulées
au contrat, les déclarations des parties ou
encore les données publiées par des parties
prenantes déterminées telles que des agences de notation RSE. Les informations
susceptibles d’intéresser la bonne exécution
des normes RSE sont toutefois de natures
plus variées : ainsi, les techniques d’analyse
des données de big data offrent également

12. Le cours du bitcoin peut être consulté sur divers sites web tels que https://www.coindesk.com/price/ ou Google.

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Revue française de gestion – N° 269/2017

un nouvel outil de suivi, voire d’exécution
des normes RSE.
4. Le big data : de la donnée à la RSE
Les différentes techniques de collecte et
d’analyse des données de « big data »
permettent de remédier à plusieurs problèmes inhérents à la RSE : la quantité limitée
d’informations disponibles pour évaluer la
conformité des comportements des entreprises aux normes RSE, la limitation des
moyens humains pour exploiter ces données
et l’inadéquation des techniques d’analyse
actuelles à la prévention des désastres et
scandales RSE.
Le logiciel Connect de l’administration
britannique Her Majesty Revenue and
Customs (HMRC) offre un exemple d’utilisation du big data à une double fin :
étendre l’assiette de données pertinentes
dans le cadre de l’exécution de normes
(fiscales, en l’occurrence) et réduire les
besoins en moyens humains pour l’exploitation de ces données. Connect a été
initialement conçu pour s’appliquer à
l’impôt des personnes physiques mais un
élargissement aux impôts des sociétés
pourrait bientôt voir le jour et prolonger
les compliance checks déjà en place depuis
2008 (HMRC, FA 2008 Sch 36).
Plus précisément, Connect collecte et
analyse les données issues de livres fonciers
et de diverses sources en ligne et les
compare aux déclarations des contribuables.
Le contribuable ayant déclaré un faible
patrimoine immobilier ou des revenus
fonciers peu élevés mais qui louerait
régulièrement des appartements onéreux
sur des sites de location en ligne pourra
ainsi faire l’objet d’une alerte lancée par

Connect et transmise aux autorités publiques britanniques (Suter, 2017), remplaçant
de facto les analyses menées auparavant par
des agents du fisc.
Or, l’une des problématiques de responsabilité sociale les plus abordées récemment
en Europe concerne les stratégies d’optimisation fiscale des entreprises multinationales. En effet, si leurs stratégies sont dans la
plupart des cas conformes aux droits
nationaux et européen, elles sont de plus
en plus perçues par le public comme une
faute éthique, contraire à la responsabilités
sociale de l’entreprise (Commission européenne, 2011, et Anquetil, 2016). Comme
l’explique Jean-Luc Rossignol : « … Taly
a eu l’occasion de l’écrire, “dans quel
compartiment de la gouvernance et des
régulations faut-il placer la fiscalité du côté
de la responsabilité sociale ou de la maîtrise
des risques ?” Mais ces deux faces ne sontelles pas aussi convergentes ? L’activité
législative foisonnante, les prises de position d’organisations internationales et la
vision éthique de l’impôt par la presse et la
société civile semblent vouloir en outre
conférer à la fiscalité à l’heure actuelle un
rôle qui va bien au-delà de la “simple”
détermination d’une base d’imposition, en
interférant sur la gouvernance même des
organisations. Emerge-là, d’une certaine
manière, une nouvelle approche reposant
sur le constat de changement de posture de
l’administration fiscale, comme nouvel
acteur engagé de la responsabilité globale
de l’entreprise » (Rossignol, 2010, p. 176).
De même, la responsabilité environnementale offre un exemple de tentative d’extension du domaine des données pertinentes
exploitables aux fins d’amélioration du
respect des normes RSE. Ainsi, des

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Responsabilité sociale des entreprises

chercheurs de Microsoft ont récemment
proposé un nouveau modèle d’analyse des
données atmosphériques fondé sur le big
data qui surpasserait les méthodes traditionnelles telles que la modélisation de la
dispersion atmosphérique (Zheng et al.,
2015). Leur modèle repose sur l’analyse
d’ensembles de données qui ne sont
devenues que récemment accessibles au
grand public, dans le prolongement de la
tendance à l’open data, telles que les
données atmosphériques collectées par les
stations météorologiques, les données de
trafic, de mobilité, ou encore les données
relatives aux structures des réseaux routiers.
Or, la pollution atmosphérique est au centre
des engagements RSE de nombreuses
entreprises13, ou encore de certaines normes
européennes. Ainsi, la directive 2014/95/
UE précise que « [l]orsque les entreprises
sont tenues d’établir une déclaration non
financière, cette déclaration devrait comporter, s’agissant des questions environnementales, des renseignements sur les incidences
actuelles et prévisibles des activités de
l’entreprise sur (…) les émissions de gaz
à effet de serre (…) et sur la pollution de
l’air »14.
Enfin, le big data offre de nouvelles
opportunités en matière de « contrôle de
durabilité prédictif » (Seele, 2017), c’est-àdire d’anticipation et de prévention des
risques RSE, notamment par l’identification
d’acteurs susceptibles d’être responsables
de pratiques violant des normes RSE, ainsi
que des futures parties prenantes à ces

173

violations. Peter Seele avance entre autres
l’exemple du statistic topic modelling des
messages Twitter : l’analyse systématique
des sujets de discussion récurrents sur
Twitter et leur combinaison avec les balises
géographiques des tweets concernés dans le
but d’identifier les signaux faibles de
violations de normes RSE (tweets des
employés, des populations locales, etc.),
comme les pratiques managériales abusives.
Cette technique permettrait de prévenir ou
au moins de détecter les violations RSE, à
l’instar du scandale Foxconn, sous-traitant
d’Apple dont le personnel avait subi une
vague de suicides liée aux conditions de
travail (Pomfret et al., 2010).
Les nouvelles possibilités révélées par le big
data mettent en exergue l’émergence d’un
modèle global de régulation des comportements des entreprises transnationales fondé
sur la RSE mais dépassant en même temps
son caractère non contraignant, matériel et
localisé.
III – L’AFFIRMATION DE LA RSE
COMME RÉGIME DE SANCTIONS
AUTOMATISÉES
L’irruption des dispositifs de Smart law
bouleverse les régimes de régulation traditionnels en créant un nouveau modèle fondé
principalement sur l’exécution automatisée
et dématérialisée. Son régime est axé sur la
sanction plutôt que sur l’incitation, en
contradiction avec l’esprit originel de la
RSE.

13. Mitsubishi Motors, s.d. V. également les « axes de réduction » des émissions locales d’Air France-KLM http://
www.airfranceklm.com/fr/qualite-de-lair, consulté le 9 novembre 2017.
14. V. directive 2014/95/UE, du 22 octobre 2014 concernant la publication d’informations non financières et relatives
à la diversité par des grandes entreprises et groupes, x7.

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Revue française de gestion – N° 269/2017

1. L’exécution automatisée
et dématérialisée de la RSE
Le terme « d’exécution automatisée et
dématérialisée » peut être utilisé pour faire
référence à un régime où l’exécution est
assurée par des processus algorithmiques
(tels qu’un smart contract), sans intervention des parties prenantes ou des autorités
étatiques au stade de l’exécution. Cette
forme d’exécution coexiste avec d’autres
formes de régulation. En matière de RSE,
elle coexiste et complète par exemple les
instruments traditionnels tels que les indicateurs (produits par les sociétés d’audit, le
reporting ou la notation externe) ou les
standards (ISO, labels, certifications). Les
mécanismes d’exécution automatisée couvrent des domaines dans lesquels les
instruments traditionnels se montraient
moins, voire peu efficaces. Ainsi, des

logiciels comme Connect témoignent de
l’efficacité des techniques de TDM dans la
lutte contre l’évasion et l’optimisation
fiscale. De même, le recours aux cryptomonnaies fondées sur des blockchains
publiques et sécurisées peut se révéler
particulièrement pertinent contre l’abus de
biens sociaux ou le détournement de fonds,
dans la mesure où il est possible de tracer
leur origine et leur destination. Comme
l’illustre la figure 1 en radar ci-dessous, la
coexistence des différentes formes de
régulation (en l’espèce, l’auto-régulation
des entreprises à l’aide des instruments RSE
traditionnels et l’exécution automatisée)
permet de couvrir un spectre plus large de
problématiques, sans préjudice de la possibilité pour un mécanisme d’en remplacer un
autre, à terme.
La figure 1 illustre, sans prétention à
l’exactitude empirique, l’effet complémentaire

Figure 1 – Modèle de régulation de la RSE à l’aide des dispositifs de Smart law
Indicateurs (audit, reporng, notaons)
Standards (ISO, labels, cerficaons)
Text and Data Mining (Big Data)
Smart Contracts et cryptomonnaie (Blockchain)
Evasion et opmisaon
fiscales

Dommages
environnementaux

Abus de biens sociaux /
détournement de fonds

Produits et
infrastructures en
violaon des normes

Travail des enfants

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Responsabilité sociale des entreprises

des différents outils à disposition des
entreprises et des parties prenantes pour
établir les engagements RSE, les mettre en
œuvre et en vérifier l’exécution correcte. On
y trouve notamment les standards, tels que les
normes ISO, les labels ou les certifications,
qui sont, comme explicité précédemment,
sources principales de ces engagements. À
leur tour, les indicateurs de performance, y
compris l’audit, le reporting et les notations,
permettent un suivi quantifié du respect de
ces engagements. Ils permettent également
de comparer la performance d’une société par
rapport à ses concurrentes. Ce benchmarking
est un signal fort envoyé aux parties
prenantes, et notamment aux actionnaires
et consommateurs. Les dispositifs faisant
appel au big data et notamment aux
techniques de TDM permettent quant à eux
une vérification des engagements des entreprises sur la base d’une collecte de données
étendue et d’une analyse combinée des
données structurées et non structurées
(Restrepo Amariles et Lewkowicz, 2017,
p. 92). En définitive, si la blockchain
exploitée au moyen des smart contracts et
les cryptomonnaies permettent de s’assurer
de l’exécution des engagements RSE, elles
permettent en outre leur exécution automatisée et la mise en œuvre de sanctions
pécuniaires dans l’hypothèse d’un défaut
d’exécution et d’une carence des mécanismes traditionnels.
La coexistence de ces dispositifs permet
d’évaluer le respect d’un certain nombre
d’engagements (par exemple sur l’environnement, la corruption, le travail des enfants,
la fiscalité et la qualité des produits) au

175

travers d’un spectre plus large et de manière
multidimensionnelle. En effet, certains dispositifs peuvent se montrer plus efficaces
pour assurer et évaluer les engagements
dans des domaines spécifiques (v. supra
l’exemple de la cryptomonnaie et des abus
de biens sociaux, ou des obligations fiscales
et du big data). Cette coexistence peut
également produire des effets cumulatifs, au
sens d’un renforcement global de l’exécution des normes RSE dans un domaine
donné, par exemple par l’usage simultané
du statistical topic modelling et de l’audit ou
des reportages journalistiques pour la
détection des violations des normes relatives aux conditions de travail.
Le nouveau règlement européen sur la
protection des données (règlement UE
2016/679)15 fait toutefois figure d’obstacle
sérieux à l’exécution automatisée des
sanctions RSE. Son article 22 prévoit en
effet, au bénéfice des personnes physiques,
le droit de ne pas faire l’objet d’une décision
fondée exclusivement sur un traitement
automatisé, y compris le profilage. Ce droit
n’est valable qu’à l’égard des personnes
physiques et n’est vraisemblablement pas
opposable à des usages tels que Connect, le
règlement ne s’appliquant pas aux traitements effectués par les autorités compétentes à des fins de prévention et de détection
des infractions pénales (article 2). Toutefois,
comme le souligne le G29 (le groupe des
« CNIL » européennes), de nombreux usages fondés sur le big data seront soumis aux
restrictions de l’article 22. Ainsi, un
assureur ne pourrait librement faire usage
des données relatives à la conduite de son

15. Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des
personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et
abrogeant la directive 95/46/CE, Journal officiel de l’Union européenne, L 119, 4 mai 2016.

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Revue française de gestion – N° 269/2017

assuré pour ajuster automatiquement ses
primes d’assurance, cet usage étant assimilé
à une décision ayant un effet significatif sur
la personne concernée et donc prohibé au
titre de l’article 22 (WP29, 2017). À ce titre,
une telle pratique ne serait potentiellement
permise qu’à condition de faire l’objet du
consentement explicite de la personne dont
les données sont utilisées, d’être nécessaire
à l’exécution ou à la conclusion du contrat
(encore qu’il faille démontrer qu’il n’existe
pas de moyen moins intrusif et attentatoire à
la vie privée, ce qui peut se révéler difficile
en pratique) ou d’être autorisée par le droit
de l’Union ou de l’État membre concerné.
La personne physique concernée peut en
tout état de cause contester la décision
(article 22).
Au-delà de l’extension du champ des
comportements couverts par la RSE grâce
au Smart law, l’exécution automatisée et
dématérialisée diffère des régimes antérieurs sur le plan qualitatif, en ce qu’elle
peut produire des effets régulatoires
inattendus.
2. De l’incitation à la sanction
L’apparition d’effets régulatoires originaux
est une conséquence inévitable de l’usage
du big data. En matière judiciaire, la
doctrine et certains magistrats se sont
inquiétés des risques d’uniformisation de
la pratique judiciaire qu’engendre l’analyse
des décisions au moyen de techniques de
text and data mining (Melleray, 2017).
Même si une telle analyse n’était conduite
qu’aux fins de renforcer la sécurité juridique
par l’identification des tendances dans les
décisions judiciaires, la visibilité accrue de
certains résultats récurrents risquerait d’inciter les tribunaux à reproduire ces résultats,

soit par anticipation d’une décision infirmative d’une juridiction supérieure, soit par
crainte de créer l’apparence d’une injustice,
le justiciable s’attendant à recevoir le verdict
identifié comme étant le plus fréquent,
créant par là une jurisprudence de fait.
Quoique la sécurité juridique s’en trouverait
accrue, l’équité et la justice n’en seraient pas
moins atteintes, dans la mesure où les cours
et tribunaux pourraient se voir privé de leur
marge de manœuvre pour juger de chaque
situation selon ses spécificités et, surtout,
selon des critères plus subjectifs, à l’instar
de la personnalité du prévenu en matière
pénale.
La RSE est également affectée. Si cette
dernière vise en théorie à produire des
comportements conformes par l’accompagnement et l’incitation (Deumier, 2013),
l’exécution automatisée risque de rapprocher le régime de la RSE d’un régime de
sanction traditionnel. Il en partagerait en
tout cas l’une des caractéristiques centrales,
à savoir l’exécution fondée non pas sur une
démarche volontaire mais sur la contrainte
(que cette contrainte résulte d’une peur de la
sanction ou de l’exécution automatique des
engagements contenus dans la norme).
Néanmoins, dans un contexte global, ce
passage du « droit souple au droit dur »,
comme il est souvent mal décrit, serait
souhaitable autant pour les entreprises que
pour les parties prenantes.
En effet, les entreprises qui opèrent dans
plusieurs juridictions sont souvent amenées
à devoir se conformer aux spécificités
locales de la RSE ou à faire face au vide
normatif de la régulation étatique. L’émergence d’une régulation globale automatîsée
par la RSE, qui entraîne une plus grande
sécurité juridique et une standardisation
globale des engagements, des mécanismes

Page 17

Responsabilité sociale des entreprises

de mise en œuvre et de vérification ainsi que
des sanctions, devrait satisfaire au besoin de
sécurité juridique des entreprises transnationales. Un tel régime global réduit par
ailleurs considérablement les coûts de
gestion de la conformité et les risques
d’atteinte à la réputation de l’entreprise. Du
reste, les parties prenantes, dont l’État, les
différents partenaires commerciaux d’une
entreprise, les employés, les investisseurs et
actionnaires, les consommateurs et la
société en général, disposeront désormais
de moyens pour suivre le comportement des
entreprises dans le temps et dans l’espace,
ainsi que pour déceler les comportements
traduisant une volonté de contourner les
engagements RSE. Dans une situation
similaire à celle ayant donné lieu à l’affaire
Kasky, un consommateur américain pourrait aisément consulter les informations
relatives à la performance RSE d’une
société dans le pays de commercialisation
de ses produits mais également dans tous les
pays impliqués dans la chaîne de production. Une approche cumulative de la RSE
permet également de réduire l’asymétrie
d’information entre, d’une part, le management de l’entreprise, et, d’autre part, les
actionnaires et investisseurs, voire le marché, concernant la performance extra-financière de l’entreprise. Néanmoins, le
maintien de l’indépendance relative dont
jouit pour l’heure ce nouveau régime vis-àvis des régulateurs institutionnels dépend de
la capacité de la société civile à s’organiser
globalement et à promouvoir l’accès aux
technologies sur lesquelles il repose.
L’avènement des nouvelles technologies
telles que la blockchain et les techniques
d’analyse du big data annoncent ainsi une
ère de transformation ambivalente pour la
responsabilité sociale des entreprises.

177

Tandis que ces technologies pourraient
renforcer l’exécution des normes RSE en
l’automatisant et améliorant nos capacités à
détecter les comportements déviants, elles
pourraient également dissuader les parties
prenantes d’avoir recours aux normes RSE,
faute de marge de manœuvre dans leur mise
en œuvre. Ce paradoxe promet au moins des
changements significatifs dans le paysage
de la RSE pour les années à venir.
CONCLUSION
Les transformations qui traversent aujourd’hui la RSE affectent sa portée, sa place et
son rôle en tant que régime de régulation des
comportements des entreprises.
En premier lieu, la portée de la RSE évolue
dans la mesure où elle cesse d’être un
régime d’autorégulation pour progressivement devenir un régime contraignant d’exécution automatisée et dématérialisée. En
d’autres termes, les engagements que les
entreprises adoptent dans le cadre de leur
politique RSE deviennent peu à peu des
obligations dont les parties prenantes
peuvent facilement se prévaloir par l’intermédiaire du Smart law. L’apparition de ces
mécanismes de mise en œuvre des obligations RSE a pour conséquence d’accentuer
la déterritorialisation de la RSE et d’imposer
ces nouveaux outils régulatoires comme des
instruments d’action véritablement globaux,
particulièrement adaptés à la structuration
éclatée des multinationales. Ce faisant,
l’effectivité de la RSE s’en trouve améliorée, induisant une augmentation du niveau
de contrainte pour les entreprises.
De plus, la RSE est appelée à occuper une
place centrale au sein de la stratégie
juridique des entreprises. Au-delà de l’attention croissante que lui accordent déjà les

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178

Revue française de gestion – N° 269/2017

parties prenantes, il semble raisonnable de
prédire que l’ouverture, par le Smart law, de
nouvelles voies d’exercice des droits protégés par les normes RSE incitera les parties
prenantes à invoquer ces normes en cas de
litige avec une entreprise, voire dans le seul
objectif de la pousser à tenir ses engagements – sans compter le surplus de visibilité
dont dispose naturellement le Smart law sur
Internet, à l’ère du numérique. La juridicisation et l’automatisation de la RSE, au
détriment de sa dimension quasi philanthropique et malgré son ambition de réguler
par l’éthique, en fait une norme de contrôle
des comportements ayant recours à des
obligations juridiques contraignantes.
Enfin, les transformations de la RSE
appellent des changements dans la structure

organisationnelle des entreprises, et notamment dans la manière dont les entreprises
organisent le respect des engagements RSE
et la gestion des risques de non-conformité.
L’émergence d’une nouvelle conception de
la RSE plus contraignante, de portée globale
et dont l’exécution est de plus en plus
automatisée et dématérialisée donne aux
juristes d’entreprise chargés de la conformité un rôle prépondérant dans la conception et la gestion des politiques RSE. Dans
ce cadre, il est néanmoins nécessaire que le
juriste d’entreprise élargisse son domaine de
compétences au-delà du droit positif national et acquière des compétences managériales et technologiques qui lui permettent
de répondre aux nouveaux enjeux de la
RSE.

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